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Savons & savonnerie naturelle

Savon de Castille : le vrai, le faux, et celui qui remplace toute ta salle de bain

Un seul ingrédient clé, un procédé sans chaleur, et un savon qui lave tout. Apprends à reconnaître un authentique savon de Castille, à l'utiliser sur la peau et dans la maison, et à ne plus le confondre avec le savon de Marseille.

Par Camille Aubertin · Publié le · 8 min de lecture

Si tu as déjà tenu un pain de savon beige entre les mains en te demandant pourquoi il ne moussait pas comme un gel douche classique, il y a de fortes chances que ce soit un savon de Castille. Et si l’étiquette ne mentionnait que trois ingrédients, tu avais probablement affaire à un vrai. Le problème, c’est que le terme est souvent galvaudé. Beaucoup de marques apposent “Castille” sur des pains qui contiennent de l’huile de palme, de coco ou des tensioactifs synthétiques, simplement parce que le marketing a retenu une chose : l’huile d’olive fait vendre.

Un authentique savon de Castille, c’est un mono-produit radical. Une seule huile végétale (l’olive), de la soude pour la saponification, de l’eau, et c’est tout. Pas de parfum de synthèse, pas de conservateur, pas d’ajusteur de pH. C’est aussi un savon qui divise : ses adeptes l’adoptent pour tout, du shampoing à la lessive, tandis que d’autres le trouvent trop basique ou peu moussant.

L’huile d’olive au cœur du sujet

Le savon de Castille tire son nom de la région espagnole éponyme, où la production savonnière à base d’huile d’olive remonte à plusieurs siècles. Le principe est resté simple : une huile unique, saponifiée à froid.

En cosmétique, cette mono-composition change tout. L’huile d’olive est riche en acide oléique, ce qui donne un savon doux mais peu moussant sous l’eau dure. La mousse est crémeuse, fine, presque une lotion. Ceux qui cherchent des bulles abondantes en sont déçus, et c’est pourtant bon signe.

La composition typique, c’est donc : un corps gras (olive), un alcali (hydroxyde de sodium, appelé soude dans le langage de la savonnerie à froid), et un liquide (eau, parfois un hydrolat). Une fois la réaction de saponification terminée et la cure achevée, il ne reste plus de soude libre dans le pain. Ce qui subsiste, c’est du savon et la glycérine naturelle issue de la réaction. Voilà pourquoi un Castille bien formulé ne dessèche pas la peau : la glycérine est un humectant qui reste dans le produit final, contrairement aux savons industriels où elle est souvent extraite pour être revendue séparément.

On entend parfois que l’huile d’olive obstrue les pores. En réalité, l’indice de comédogénicité de l’huile d’olive est modéré (2 sur 5), et une fois saponifiée, la molécule n’a plus le même comportement qu’un corps gras appliqué pur. La plupart des peaux réactives tolèrent très bien ce savon, à condition de ne pas en abuser et de rincer abondamment.

Saponification à froid : l’étape qui fait la différence

Ce qui distingue un pain artisanal d’un bloc industriel, c’est la saponification à froid. La méthode consiste à mélanger les corps gras et la soude à température ambiante, ou légèrement tiède, sans cuisson forcée. Le mélange passe par ce qu’on appelle la “trace”, une texture de crème anglaise où les huiles et la soude sont bien émulsionnées. Ensuite, le savon est coulé dans un moule, isolé pendant la phase de gel, puis démoulé et coupé avant de partir en cure pour plusieurs semaines.

La soude, cet ingrédient qui fait peur

La soude caustique est indispensable pour transformer les huiles végétales en savon. Pas de soude, pas de saponification, donc pas de savon solide. Mais dans un pain correctement formulé et qui a eu son temps de cure, il ne reste aucune trace de soude active. La soude en paillettes ou en solution concentrée est corrosive : gants, lunettes, espace ventilé pendant la fabrication. Une fois le savon prêt, le pH se stabilise autour de 9-10, la norme pour un savon solide.

Les bons artisans calculent leurs recettes avec un léger surgras, c’est-à-dire un excès d’huile non saponifiée qui vient adoucir le pain et nourrir la peau. Un surgras de 5 à 8 % est courant sur un Castille, ce qui compense l’absence d’autres huiles végétales plus douces.

La cure, ou pourquoi la patience paie

Un savon de Castille demande une cure longue. Contrairement à un savon à l’huile de coco qui durcit vite, le pain à l’huile d’olive a besoin de quatre à six semaines minimum pour perdre son excès d’eau, achever la saponification résiduelle et voir son pH se stabiliser. Un pain trop jeune est mou, fond rapidement sous la douche, et peut être légèrement caustique. Les savonniers expérimentés prolongent même la maturation à plusieurs mois pour obtenir un pain dur, translucide sur les bords, et une mousse soyeuse.

Visage, corps, cheveux : comment l’utiliser sans regret

!A hand gently lathering a Castille soap bar between palms, white foam forming, ceramic sink in blurred background, soft

Un pain de Castille peut servir à tout, mais sur la peau et les cheveux, il faut connaître les bons gestes.

Pour le visage et le corps

Passe le pain sous l’eau, fais mousser entre les mains ou sur un gant de toilette, et applique sur peau humide. La mousse est modeste, mais elle nettoie. Le rinçage doit être généreux, car le pH basique du savon peut laisser un film si l’eau est calcaire. Ce n’est pas un défaut du produit, c’est le résultat d’une réaction entre les acides gras du savon et les minéraux de l’eau. Un rinçage à l’eau claire, suivi éventuellement d’un hydrolat ou d’une eau florale acide (comme l’eau de fleur d’oranger) élimine cette sensation.

Certains visages réactifs adorent ; d’autres le trouvent trop décapant. Si ta peau tiraille après usage, ce n’est pas forcément que le savon est mauvais, mais que ton film hydrolipidique met plus de temps à se reconstituer. Espacer l’utilisation ou réserver ce nettoyant au corps est une option.

En shampoing

Laver ses cheveux avec un savon de Castille, c’est l’expérience la plus polarisante. Le pH d’un savon solide (autour de 9) est bien plus élevé que celui du cuir chevelu (5,5 environ). Les écailles des cheveux s’ouvrent, ce qui peut donner un aspect rêche ou poisseux au rinçage, surtout sur des longueurs colorées ou abîmées. Pour éviter l’effet “cheveux en paille”, un rinçage acide est indispensable : une cuillère à soupe de vinaigre de cidre diluée dans un demi-litre d’eau, à verser sur les longueurs puis à rincer. L’odeur de vinaigre s’évapore en séchant, et la cuticule se referme. Ce n’est pas une lubie de blogueuse zéro déchet, c’est de la chimie capillaire simple : un acide doux referme la cuticule ouverte par le pH alcalin.

Beaucoup de personnes aux cheveux bouclés ou épais apprécient la douceur du Castille pour espacer les shampoings classiques, une fois la phase de transition passée. Les cheveux fins et gras y trouvent aussi un bon dégraissant, à condition de ne pas en abuser.

Pour les mains

En pain près du lavabo, il fait un excellent savon pour les mains. La glycérine naturelle aide à ne pas les dessécher même avec des lavages fréquents. Petit luxe : sa mousse fine se rince vite, sans laisser de résidu collant.

Du placard à la maison : le nettoyant multi-usages

Le savon de Castille ne se limite pas à la salle de bain. C’est un agent nettoyant biodégradable qui se décline en version liquide ou en copeaux.

Lessive maison

Pour une lessive au savon de Castille, rien de plus simple : 30 g de copeaux de savon dissous dans un litre d’eau chaude, une fois refroidi, ajoute éventuellement quelques gouttes d’huile essentielle de tea tree ou de lavande pour leurs propriétés assainissantes. Le mélange se conserve dans un bidon, bien agité avant chaque usage. Il lave à basse température et convient au linge peu sale. Pour les taches tenaces, mieux vaut prétraiter avec un peu de savon de fiel ou un détachant au percarbonate, car un savon pur est moins performant qu’une lessive enzymatique.

Liquide vaisselle et surfaces

En version liquide, le Castille dégraisse modérément. Il est parfait pour une vaisselle peu grasse ou pour nettoyer les plans de travail. Un spray nettoyant multi-surfaces s’obtient avec une cuillère à soupe de savon liquide dans 500 ml d’eau, plus 5 gouttes d’huile essentielle d’arbre à thé. Sur les joints de carrelage ou les éviers, l’association avec le bicarbonate de soude fait des merveilles.

Castille et bicarbonate, le duo qui décrasse

Poudre fine légèrement abrasive, le bicarbonate décolle les résidus sans rayer. Saupoudre une surface humide, vaporise le spray au savon de Castille, frotte doucement : la mousse fine produite par la rencontre des deux décrasse les résidus de savon, le calcaire et les graisses légères. Ce duo remplace une bonne partie des nettoyants abrasifs et reste sans danger pour les fosses septiques.

Castille ou Marseille : la confusion tenace

!Two rectangular soap bars on a dark slate board, one pale green Castille, one orange Marseille, a knife and slice beside

Le savon de Marseille traditionnel mélange plusieurs huiles (olive, coprah, palme), cuites au chaudron puis lavées à l’eau salée, ce qui retire la glycérine : un pain très dur, économique, taillé pour le linge. Le Castille, lui, est mono-huile d’olive, saponifié à froid, et garde toute sa glycérine. Plus doux pour la peau, plus mou aussi, plus sensible à l’humidité. Aucune des deux appellations n’est protégée : on trouve de tout sous les deux noms.

Reconnaître un vrai Castille en trois lectures

Puisque le mot ne garantit rien, voici les réflexes à adopter quand tu retournes le pain.

D’abord, la liste d’ingrédients. Un Castille authentique mentionne exclusivement “sodium olivate” (huile d’olive saponifiée), “aqua”, “glycerin” (issue de la réaction) et parfois un peu d’huile d’olive en surgras (“olea europaea fruit oil”). Si tu lis “sodium palmate”, “sodium cocoate”, du sodium lauryl sulfate ou de la cocamidopropyl betaine, ce n’est pas un savon de Castille.

Ensuite, la méthode de fabrication. La saponification à froid n’est pas obligatoire pour appeler un savon “Castille”, mais c’est le seul procédé qui préserve la glycérine naturelle. Recherche les mentions “saponifié à froid”, “SAF”, ou “cure naturelle”. Les pains certifiés bio par Cosmébio ou COSMOS offrent une garantie supplémentaire sur la provenance de l’huile d’olive et l’absence de parfums de synthèse.

Enfin, l’aspect et l’odeur. Un vrai Castille SAF est souvent de couleur crème à beige, parfois légèrement verdâtre si l’huile utilisée était très verte. L’odeur est discrète, végétale, pas du tout fruitée ni parfumée. Un pain qui sent la rose ou le monoï a reçu des huiles essentielles ou des fragrances : ce n’est pas rédhibitoire, mais un Castille pur n’a besoin que de l’huile d’olive.

Si tu cherches un équivalent au savon de Castille, le savon d’Alep à l’huile d’olive et au laurier s’en rapproche pour la douceur, avec un pouvoir moussant un peu supérieur. Le savon noir à l’huile d’olive est une alternative intéressante pour le visage, sous forme de pâte molle, mais son pH reste basique lui aussi.

Questions fréquentes

Le savon de Castille est-il biodégradable ?

Oui, s’il est fabriqué selon la méthode à froid sans additifs pétrochimiques. Les molécules de savon se dégradent en quelques jours dans l’eau, ce qui en fait un choix compatible avec le lavage en extérieur ou en zone naturelle, à condition d’utiliser des huiles essentielles non toxiques pour les milieux aquatiques.

Peut-on l’utiliser sur une peau sujette à l’eczéma ?

Beaucoup de personnes à la peau atopique l’adoptent parce qu’il est exempt de tensioactifs sulfatés et de conservateurs. Cependant, le pH basique peut perturber une barrière cutanée déjà fragilisée. L’idéal est de tester sur une petite zone pendant quelques jours et d’espacer les utilisations si des rougeurs apparaissent.

Comment conserver son pain de Castille pour qu’il dure ?

Un bon égouttoir, incliné, qui ne laisse pas le pain tremper dans l’eau. Le Castille SAF a tendance à ramollir plus vite qu’un savon de Marseille cuit, donc il a besoin de sécher complètement entre deux usages. Le stocker dans une boîte hermétique ou un porte-savon plat est un aller simple vers la bouillie.

Faut-il vraiment un rinçage acide après un shampoing au Castille ?

Oui, sauf si tes cheveux sont très courts ou que ton eau est très douce. Sans rinçage acide, les écailles restent ouvertes, les cheveux s’emmêlent, et la texture devient rêche. Le vinaigre de cidre fonctionne, mais un hydrolat de citron ou un après-shampoing maison au cèdre et vinaigre fait aussi l’affaire.

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